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AVANT-PROPOS
"Un bon pais tout plain et bon de toutes choses et bon marchié"
Gilbert de Lannoy /vers 1443/
Disons tout de suite ce que ce livre n'est pas : un guide ordinaire, autrement dit un recueil d'itinéraires contenant tous les renseignements pratiques souhiaitables. Il en existe plusieurs publiés en France ou en Hongrie par cette meme maison d'édition « Corvina ».
Le présent livre répond a une conception personnelle. Il est du a un écrivain qui a passé presque deux décennies en France ou il a exercé le métier de journaliste ; rentré dans son pays d'origine, il y déploie une activité d'auteur, de traducteur, de chercheur et de chroniqueur, exclusivement orientée vers la France, son histoire, sa culture, sa littérature ; il écrit également en français pour les revues paraissant dans cette langue en Hongrie et en France.
Quelle est cette conception ? Elle est au fond tres simple : elle consiste a observer la Hongrie avec un regard «français», ses points de comparaison étant ceux du Français dit moyen et tant soit peu cultivé qui s'intéresse a l'influence que la civilisation de son pays avait exercée et exerce toujours hors hexagone, il est donc parfaitement normal que mentionnant par exemple les tombes royales de la dynastie des Árpád, premiers rois de Hongrie, l'auteur rappelle Saint-Denis ; ou que décrivant la célebre plaine du Hortobágy, cette puszta typique, il évoque la Camargue.
Cependant, ce point de vue «bilatéral» n'est pas seulement statistique ou géographique ; il comporte aussi un créneau dynamique, ouvert sur le temps pour embrasser l'Histoire. Le lecteur français verra donc mentionnés dans ce Voyage au pays des Magyars tous les monuments, édifices et lieux qui rappellent les relations millénaires entre les deux nations ; rapports inaugurés par les liens qui unirent le premier roi de Hongrie a Cluny, par les Anjou, puis les insurgés magyars du xvr et xvii» siecles ; a cette derniere époque, Desmarets de Saint-Sorlin, factotum de Richelieu et cofondateur de l'Académie Française, dessina un jeu de cartes destiné a faciliter l'instruction géographique des Français. Or, la cinquieme carte de ce jeu, daté de 1644, représentait la Hongrie : une figure de femme allégorique appuyée sur un écu aux armes du pays. L'homme de confiance du cardinal donnait ainsi une représentation originale de notre pays, indépendant de l'Autriche. La Hongrie apparaissait alors a l'opinion occidentale sous un double aspect : rempart de l'Europe chrétienne contre l'Orient barbare et contrepoids a la prédominance des Habsbourg. Hélas I Jamais l'alliance potentielle entre la France et la Hongrie ne devint vraiment effective, ni lorsque le grand Rákóczi demandait aide et assistance au Roi-Soleil, ni quand les émigrés de Kossuth comptaient sur